February 6, 2023

Une étude récente a révélé que les objets contaminés étaient mieux rappelés que les objets non contaminés dans le contexte de la COVID-19. Cette étude a été publiée dans Psychologie évolutionnaire.

La mémoire est un élément important du système immunitaire comportemental (BIS), un système de défense qui protège contre les agents pathogènes. Le BIS implique divers mécanismes psychologiques qui servent à éviter les agents pathogènes qui peuvent constituer une menace, ou à les expulser en cas d’ingestion.

Le dégoût est une partie importante du BIS et on pense qu’il a évolué comme un moyen d’empêcher les humains d’ingérer des choses qui pourraient risquer d’être contaminées. Les stimuli dégoûtants captent plus d’attention que les stimuli neutres et sont également mieux mémorisés. Les stimuli encodés en mémoire dans un contexte de survie sont mieux mémorisés que ceux encodés dans un contexte de non-survie. De même, les stimuli contaminés (vs non contaminés) sont également mieux mémorisés.

Dans le présent travail, Gaëtan Thiebaut et ses collègues examinent les effets de la contamination de la mémoire par rapport au COVID-19. Étant donné le nombre de porteurs asymptomatiques tout au long de la pandémie, la plupart des gens ne verraient pas de signes visuels de la maladie (p. ex., sang, peau pâle, fluides corporels) lorsqu’ils entrent en contact avec des personnes infectées. Ainsi, les personnes infectées ne peuvent pas être identifiées comme des menaces pour la santé.

Étant donné que les indices visuels d’infection sont largement absents chez la plupart des personnes infectées par Covid-19, il y a moins de signes qui peuvent déclencher le dégoût. La mémoire, qui est sensible au dégoût, peut ne pas être adaptée au contexte du COVID-19, rendant potentiellement le BIS inadapté pour faire face à la maladie moderne.

Les auteurs écrivent, “une question clé étudiée dans l’étude actuelle était de savoir si des effets de contamination dans la mémoire peuvent être obtenus lorsqu’il n’y a pas de signes visibles de dégoût.”

Au total, 80 participants (68 femmes) ont été inclus dans cette recherche, dont 77 recrutés à l’Université de Bourgogne Franche-Comté. Au moment de la participation, ils ne prenaient pas de médicaments pouvant affecter la mémoire. Les participants ont été assignés au hasard à l’état « sain » ou « COVID-19 » et ont ensuite fourni des informations démographiques (par exemple, l’âge, le sexe).

Dans l’état sain, les instructions indiquaient que les 30 images des objets que les participants verraient étaient tenues entre les mains d’une personne en bonne santé qui avait récemment subi un examen médical révélant une excellente santé. Dans l’état COVID-19, cette personne a été décrite comme “malade” et infectée par le virus contagieux. Pour chaque image, les participants ont évalué la mesure dans laquelle ils ont trouvé l’objet présenté comme utile dans la vie quotidienne sur une échelle de 5 points (phase d’encodage).

Après une tâche de remplissage de trois minutes, les participants étaient invités à écrire tous les objets dont ils se souvenaient (période de rappel). Ensuite, ils ont rempli deux questionnaires évaluant la vulnérabilité perçue à la maladie (y compris l’infectabilité perçue et l’aversion aux germes) et le dégoût (y compris le dégoût moral, sexuel et pathogène) sur une échelle de 7 points.

Thiebaut et ses collègues ont découvert que les participants avaient une meilleure mémoire pour les objets présentés entre les mains d’un individu infecté par le COVID-19, par rapport aux mêmes objets présentés par une personne en bonne santé. Malgré l’absence de signes visuels de maladie pour susciter le dégoût, le contexte de la COVID-19 a tout de même amélioré la mémoire de ces éléments. Les participants affectés à la condition COVID-19 n’avaient pas de niveaux plus élevés d’aversion pour les germes, d’infectabilité perçue ou de dégoût des agents pathogènes, ce qui suggère que le dégoût est peu susceptible d’être impliqué dans l’effet observé.

Une limite à ce travail est l’échantillon majoritairement féminin. Des études antérieures ont rapporté des différences entre les sexes dans la sensibilité au dégoût et l’aversion aux germes, les femmes (par rapport aux hommes) présentant plus de dégoût et d’aversion aux germes. Ainsi, une voie importante pour les recherches futures pourrait être d’examiner si les résultats actuels sont modérés par le sexe.

L’étude, “COVID-19 et mémoire : un nouvel effet de contamination de la mémoire», a été écrit par Gaëtan Thiebaut, Alain Méot, Arnaud Witt, Pavol Prokop et Patrick Bonin.

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